La nourriture

 

On aborde ici le point critique dans le maintient et la reproduction des dendrobatidés. C’est en effet l’élevage de la nourriture qui demandera le plus de travail à l’éleveur. Si l’on désire maintenir ces petites grenouilles, cet élevage sera obligatoire et devra fournir suffisamment pour rassasier ces véritables estomacs sur patte.

La première nourriture et aussi la plus couramment utilisée est la drosophile. Deux espèces de drosophiles sont utilisées régulièrement : Drosophila melanogaster et Drosophila hydei. La première est la fameuse « mouche de vinaigre » des généticiens et la seconde est une espèce légèrement plus grande et plus foncée, dans les 2 cas des souches non volantes ont été sélectionnées et sont facilement disponibles auprès d’autres éleveurs ou de magasins spécialisés. Les 2 espèces s’élèvent de la même façon. Les recettes et techniques d’élevages sont très variées voici la méthode que j’utilise, mais sur le net vous trouverez un grand nombre de recettes différentes qui marcheront aussi bien. A vous de trouver celle qui vous convient le mieux le tout est bien sur d’avoir une quantité suffisante et régulière de mouches à disposition. Pour les pots d’élevage j’utilise des bocaux en verre récupérés de divers produits alimentaire. Cela va des pots à confiture au bocaux de 1 litre. En général j’utilise les plus gros récipients pour les grosses drosophiles. Mon mélange nutritif se compose à la base de :

  - 2 bananes épluchées écrasées

  - 1 petit pot de compote de pomme

  - 1 cuillères à soupe de sucre en poudre

  - 2 cuillères à soupe de lait en poudre

  - 1 cuillère à soupe de super levure en paillette

  - 1 bonne cuillère à soupe de vinaigre balsamique

Les doses sont approximatives et d’ailleurs bien souvent bien plus conséquentes pour le repiquage d’un plus grand nombre de pot. Le surplus peut très bien être conservé au réfrigérateur. Il faut aussi veiller à repiquer les drosophiles de façon étalonnée dans le temps pour disposer en permanence du flux de mouches. Je mes un morceau de sopalin  chiffonné par pot qui servira de support aux mouches et aux pupes, et qui absorbera l’excédent d’humidité. Le pot est bouché par du sopalin maintenu par un élastique.

Quelque soit le milieu de culture que l’on choisi, il est important que celui ci soit de qualité car d’une part la valeur nutritive des drosophiles ne sera que meilleur et ensuite plus le mélange sera riche, plus la production elle même de drosophile sera massive. On saupoudrera les drosophiles de calcium et vitamines environ 2-3 fois par semaine avant de les distribuer aux grenouilles.

Le problème des acariens :

Bien souvent (pour ne pas dire toujours) on trouve des les élevages de drosophiles des acariens en quantité plus ou moins importante. Les acariens seuls, en nombre limité, ne sont pas vraiment gênant surtout pour les petites drosophiles, et si la souche continue de bien produire, il n’y a aucune raison de s’alarmer. Un brusque développement des acariens face à une diminution, voir un arrêt de la production de mouches, ne signifie pas forcement que les acariens soient la cause directe de l’échec de la culture mais plutôt qu’un des paramètres (température, qualité de substrat, repiquage, etc.) pour l’élevage des drosophile soit mauvais. Les acariens ayant le champ libre se développent rapidement sans la concurrence des larves. Repiquer par minimum d‘une cinquantaine de drosophiles à partir de pots pas trop vieux et peu colonisé par les acariens, dans un substrat de qualité reste le meilleur moyen d’éviter la prolifération de ces charmants arachnides. 

 

Une autre source de nourriture qui peut être utilisée est le grillon. Pour le genre Dendrobates qui se nourri uniquement de proies de petites tailles, ce sont les micro grillons qui nous intéresse. Au delà d’une certaine taille elles refuseront tout simplement de les manger.

C’est différent pour les Epipedobates et les Phyllobates , en effet ceux ci sont capables de manger des proies proportionnellement bien plus grandes que pour les Dendrobates. Ils accepteront donc un spectre de taille de grillons plus large. Comme pour les drosophiles il est important que les grillons soient bien nourris et hydratés (luzerne, choux, trèfle, endives, croquettes, paillettes pour poissons etc.) avant de les donner aux bêtes.

L’élevage des grillons est plus contraignant et plus compliqué que celui des drosophiles, de plus le bruit et l’odeur peuvent être vite difficilement supportables si l’on a pas de pièce à part (c’est en grande partie pour ça que je ne fais plus leur élevage). Voilà comment je procédais :

Je plaçais mes reproducteurs dans des boites types fauna box. Le substrat était constitué de son de blé et les classiques boites d’œufs servaient de cachettes et de supports aux grillons. La nourriture était constitué de paillettes pour poissons, croquettes pour chien, endives, choux chinois, portions d’orange et trèfles principalement. Il n’y avait pas d’apport d’eau autre que par l’intermédiaire des végétaux, il faut d’ailleurs faire attention à ce que le substrat reste toujours bien sec et assez propre. Les fauna box étaient chauffées par un câble chauffant.

Le pondoir se résumait à un petit pot rempli de tourbe très légèrement tassé recouvert d’un fin grillage laissant passer l’ovipositeur des femelles tout en évitant que les adultes viennent retourner la terre. Les pondoirs étaient laissé 2 ou 3 jours puis retirés par la suite pour être incubés à part. Il est même possible de le laisser incuber dans le terrarium aux grenouilles, celles ci se feront une joie de se régaler à l’éclosion des larves de grillons.

Attention, à la sortie les micro grillons sont assez fragiles et ne supportent pas un air trop sec cet élément est à prendre en compte pour faire grandir les futurs générations de reproducteurs

Il y a 3 espèces régulièrement disponibles dans le commerce Acheta domestica le plus commun et très prolifique, il chante fort, Gryllus bimaculatus plus foncé et un peu plus grand que le précédent il est également très bruyant et son élevage est le plus odorant, il se développe bien aussi dans une ambiance plus humide. C’est cependant le plus résistant de tous. Enfin Gryllus assimilis est le plus gros mais aussi le plus silencieux et le plus calme.

 

Un autre des aliments élevés régulièrement pour nourrir nos protégés est la teigne de ruche.

Elle s’élève facilement et est un bon complément alimentaire pour une nourriture à base de drosophile. Les teignes sont très riches et ne peuvent servir d’aliment de base. Mais en ajouter de temps en temps au menu est un plus. La plus connu en terrariophilie est la grande teigne de ruche Galleria mellonella , elle est très prolifique. On trouve maintenant de plus en plus une petite teigne qui s’élève de la même façon que la grosse c’est Achoria grisella, elle est nettement moins prolifique mais elle a un cycle biologique plus court que la précédente et est surtout de taille bien inférieur, ce qui fait que même les plus grosses de ses chenilles peuvent êtres distribués aux grandes Dendrobates ainsi qu’aux petits Epipedobates (E. tricolor) et aux petits Phyllobates (P. lugubris) . Pour les plus grands Phyllobates et Epipedobates le problème se pose moins vu qu’ils sont capables d’avaler de grosses proies donc même les plus grosses chenilles de Galleria seront avalées. Voilà la méthode d’élevage que je fais qui m’a été transmise par un ami éleveur et que j’utilise maintenant depuis un moment avec succès :

  -1000 cL de son

- 500 cL de polenta

- 150 cL de farine de blé

- 50 cL de lait en poudre

- 3 cuillères à soupe de super levure

- 100g de germe de blé

- 350 cL de miel

- 150 cL de glycérine

D’un coté je mélange les ingrédients secs de l’autre les ingrédients liquides (miel et glycérine) puis le tout est mélangé.

Je place une bonne couche de substrat dans un pot de 1 à 2 litres et en général je m’arrange pour y mettre une dizaine de cocon. A partir de ce moment je referme le pot et je laisse faire la nature. Les papillons sortent, s’accouplent et pondent puis finissent par mourir. Au bout de quelques temps les premières micro chenilles sortent et  seront bientôt de bonne taille pour être servies aux bêtes.

 

Dernier insecte couramment élevé pour nourrir nos grenouilles le collembole. Les collemboles sont de petits insectes amétaboles primitifs qui se trouvent souvent dans l’humus de toutes les régions du globe. Ils sont utilisés pour nourrir les plus petites grenouilles et les jeunes spécimens. Leur élevage est simple mais demande un peu de patience pour la mise en place d’une souche à fort rendement. La méthode d’élevage la plus utilisée pour la culture des collemboles consiste à prendre une petite boite en plastique hermétique (tuperware …) dans laquelle on aura placé une couche de tourbe blonde humide et bien tassée préalablement « stérilisée » au micro onde ou dans l’eau bouillante pour éviter acarien, moucherons de terreau, et autres indésirables qui gêneraient la production de collemboles. On ensemence le milieu avec un bon nombre de collembole avec un peu de nourriture. Pour la nourriture, la plus simple et donnant de bons  résultats, est la nourriture en paillette pour poissons d’aquarium. J’utilise, pour ma part, une marque de paillettes pour poissons rouges bon marché et cela marche très bien. Je dépose un peu de ces paillettes sur la tourbe et referme la boite. La quantité de nourriture déposée dépend de la quantité de collemboles dans la boite. On évitera d’en mettre trop surtout en début de culture. L’entretien des collemboles pour une bonne production doit être quotidien, je m’arrange pour aérer toutes les boites chaque jour et donner ce qui servira de nourriture pour 24 heures. C’est comme ça que j’obtiens les meilleurs rendements. Il ne faut pas hésiter à repiquer régulièrement plusieurs boites de collemboles au début pour avoir une souche riche et abondante. Les boites sont placées dans un endroit autour de 20 22°C, l’espèce présente chez les éleveurs appréciant  une ambiance tempérée.

Les collemboles sont sensibles aux acariens, il faut donc dans la mesure du possible éviter de mettre les cultures au même endroit que là où il y a les autres élevages d’insectes susceptibles de contaminer les souches.

 

Bien d’autres nourritures peuvent servir dans l’alimentation des dendrobatidés en terrarium, notamment celle que l’on peut ramasser à l’extérieur à la belle saison. En fait tout ce qui sera assez petit pour entrer dans la bouche de nos bêtes et qu’elles accepteront de manger, formera une excellente source alimentaire (on évitera cependant les insectes piqueurs et les petites araignées pour ne prendre aucun risque). Souvent appelé « plancton des prés », la multitude de petits arthropodes récoltés dans des champs  et des pâturages, forme une source de nourriture quasi parfaite. En plus de cela on peut récolter facilement à la belle saison les pucerons qui parasitent les plants sains ( sans pesticide, engrais etc. ) et que les grenouilles adorent ou même, si l’on en trouve, des termites qui constituent aussi un plat 5 étoiles pour les bêtes. Les fourmis sont rarement acceptées à part certaines espèces, cependant dans la mesure du possible on évite d’en donner aux grenouilles sans avoir fait auparavant des tests.